|
 |

Cadeaux des dieux ou créatures du diable,
les champignons n'ont pas toujours connu le même engouement
qu'aujourd'hui. Légendes,
peintures rupestres,
gravures et autres manifestations démontrent à quel
point les Anciens accordaient à ce drôle de légume
des pouvoirs particuliers, voire surnaturels. Les Indiens Mayas
le surnommaient "teonanacatl",
qui signifie "chair de Dieu", et en faisaient un objet
de culte qui leur permettait de dévoiler l'avenir à la
faveur d'hallucinations. Les Grecs pensaient que les champignons
naissaient là où la foudre frappait le
sol. Les Romains les appelaient "nourriture des dieux".
Ils s'en régalaient
tout en maitrisant leurs pouvoirs toxiques. Il est vrai que certains
champignons peuvent tuer ou donner des hallucinations, si on les
cueille sans les connaitre.
Mykes, fungus et. champignons
Ce sont les mots grecs et latins qui sont à l'origine des
termes utilisés dans la culture et la science des champignons.
Chez les Grecs de l'Antiquité, les champignons étaient
appelés mykès. Ce mot donna naissance à "mycologie" (la
science des champignons), à "mycètes" (autre
nom pour champignons), et à "mycélium" (l'énorme
réseau de fils souterrains sur lesquels poussent les champignons).
Les Romains les dénommaient fungus, dont découle
le terme "fongique", mais surtout le mot italien funghi.
Quant au mot "champignon", il provient de vieux vocables
français champignuel, canpegneus, issus eux-mêmes
du latin populaire campaniolus, "de la campagne".
Le champignon, un réflexe de survie
Installés inconfortablement à la croisée
de deux mondes - le végétal et l'animal - les champignons
ne cessent de surprendre. Ils sont l'indispensable maillon sans
lequel la vie ne serait pas ce qu'elle est, car ce sont les seuls
organismes capables de transformer la matière organique
en humus. Dépourvus de racines, de feuilles et de tiges,
ils se caractérisent par une absence de chlorophylle, démontrant
leur incapacité à utiliser l'énergie solaire
pour assimiler le carbone.
Pour comprendre la culture des champignons, il est important de
connaitre le mode de reproduction du réseau mycélien.
Lorsqu'un champignon libère ses spores dans une atmosphère
et un milieu nutritif adéquats, ces spores germent et se
divisent pour générer le "mycélium".
Ce dernier se présente sous forme de fins fils blancs. Il
va coloniser le terrain, qu'on appelle "substrat" (s'il
s'agit de terre, d'écorces, de racines d'arbre) ou "compost" ou "humus" (s'il
s'agit d'un mélange de paille et de fumier), jusqu'à créer
un véritable réseau filandreux : le réseau
mycélien. Ce réseau peut vivre très longtemps à l'état
latent. Lorsque les conditions de vie deviennent "stressantes" - chute
de température (avec l'arrivée de l'automne), piétinement
du sol par du bétail - ou lorsque la totalité du
terrain est investie, une partie du mycélium, dans un réflexe
de survie, va se regrouper, se serrer, et générer
une masse compacte tellement dense qu'elle sera visible à l'oil
nu : c'est la "fructification" - étape indispensable à la
reproduction et à la naissance du champignon. Pour la nature,
la seule raison d'être du champignon sera de libérer à son
tour des spores, qui iront coloniser d'autres terrains et assurer
la survie de l'espèce. Le champignon n'est donc rien d'autre
que l'organe reproducteur du réseau mycélien.
Si, la plupart du temps, cette fructification est aérienne
et prend l'aspect d'un chapeau lamellé ou poré, porté par
un pied, elle peut également se former dans le sol même.
C'est le cas de la truffe. Une fois son rôle de reproducteur
accompli, le champignon périclite ou est cueilli. Le mycélium
souterrain, quant à lui, continue imperturbablement son
développement. C'est la raison pour laquelle on peut retrouver
chaque jour un nouveau champignon à l'endroit où,
la veille, un autre avait déjà été cueilli.
|